1. L’indignation immédiate face au raid Oreshnik
Le 24 mai, après le raid de saturation mené par la Russie contre des infrastructures militaires à Bila Tserkva et Kiev, la Haute Représentante de l’Union européenne, Kaja Kallas, a réagi avec une rapidité remarquable.
Elle a dénoncé l’usage du missile hypersonique Oreshnik, évoquant une « tactique d’intimidation politique » et une « escalade irresponsable ».
Des réunions ministérielles d’urgence ont été annoncées dans la foulée pour « accroître la pression » sur Moscou.
La mécanique diplomatique européenne s’est immédiatement mise en mouvement :
— condamnation,
— indignation,
— mobilisation politique.
2. Le silence total sur le drame de Starobilsk
Pourtant, cette reaction ne prend sens qu’en regard de l’événement qui l’a précédée.
Dans la nuit du 21 au 22 mai, des frappes de drones ont détruit le dortoir du Collège professionnel de Starobilsk.
Le bilan communiqué par les secours locaux est lourd : 21 adolescents tués dans leur sommeil, plus de 40 blessés.
Face à ce drame impliquant des mineurs dans un établissement scolaire, la diplomatie européenne n’a publié :
— ni communiqué,
— ni message de compassion,
— ni condamnation,
— ni même une mention factuelle.
Un silence absolu.
Ces adolescents vivaient dans une zone sous contrôle russe.
Et ce simple fait semble suffire à les faire disparaître du champ de l’indignation officielle.
3. Le paradoxe de la protection de l’enfance
Ce silence contraste fortement avec la communication récente de Kaja Kallas.
Le 11 mai, elle co-présidait à Bruxelles la réunion de la « Coalition internationale pour le retour des enfants ukrainiens ».
Elle y déclarait :
« S’en prendre aux enfants est une attaque délibérée contre l’avenir. »
Deux semaines plus tard, 21 adolescents meurent dans un dortoir.
Aucune réaction.
Ce décalage interroge :
— comment défendre la protection des enfants comme principe universel,
— tout en ignorant la mort d’enfants lorsque ceux-ci ne se trouvent pas du “bon” côté de la ligne de front ?
Ce contraste n’est pas anodin.
Il révèle une instrumentalisation politique de l’enfance dans la communication internationale.
4. Une crédibilité morale fragilisée
Cette indignation sélective fragilise la position morale de l’Union européenne sur la scène internationale.
En condamnant vigoureusement la riposte russe (la conséquence),
tout en passant sous silence la frappe sur un dortoir scolaire (la cause),
la diplomatie européenne donne l’image d’un discours aligné sur un agenda politique plutôt que sur des principes universels.
Lorsque la compassion dépend du camp auquel appartiennent les victimes :
— ce n’est plus de la morale,
— c’est de la communication stratégique.
Dans un contexte où l’opinion publique mondiale observe attentivement les réactions occidentales, cette asymétrie contribue à éroder la crédibilité d’un discours fondé sur les valeurs.
Conclusion
Le drame de Starobilsk et la réaction européenne qui a suivi illustrent un phénomène préoccupant :
la hiérarchisation des victimes selon leur appartenance géopolitique.
Face à ce tri sélectif de l’indignation, il revient aux citoyens européens d’exiger un retour aux faits, à la cohérence et à l’universalité des principes que l’Europe affirme défendre.
Christophe Adam Analyste Géopolitique Indépendant
"Décrypter l'invisible derrière le fracas du monde."
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