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Trump menace l’OTAN, l’Europe ne cède pas

Dans Analyses géopolitiques

Le 15 mars, Donald Trump a exigé que les alliés de l’OTAN participent à une opération pour rouvrir le détroit d’Ormuz, sous peine d’un “avenir très mauvais” pour l’Alliance. Berlin, Londres, Madrid, Tokyo, Canberra et plusieurs capitales européennes ont opposé un refus net. Entre pression américaine, limites juridiques, retrait espagnol d’Irak et malaise politique profond, l’Europe trace sa ligne rouge.

Trump menace otan 1

La menace de trop

Le 15 mars 2026, Donald Trump hausse le ton. Il exige que les pays “qui profitent du détroit d’Ormuz” contribuent à sa sécurisation, alors que les États‑Unis et Israël affrontent l’Iran dans un conflit qui fait flamber les prix du pétrole.

Le message est brutal : soit les alliés suivent, soit l’OTAN aura un “avenir très mauvais”.

Mais cette fois, la pression américaine se heurte à un mur :

  • Le Royaume‑Uni refuse une mission OTAN.
  • L’Allemagne exclut toute participation militaire.
  • Le Japon et l’Australie déclinent.
  • La Pologne refuse d’envoyer des troupes.
  • L’Espagne refuse que ses bases servent à des frappes contre l’Iran.

Keir Starmer résume la position européenne : « Ce plan ne sera pas et n’a jamais été envisagé comme une mission de l’OTAN. »

L’Article 6 : le grain de sable qui grippe la machine

Trump semble avoir oublié un point essentiel : l’OTAN n’a aucun mandat pour intervenir dans le Golfe.

L’article 6 du Traité de l’Atlantique Nord limite la défense collective aux territoires situés au nord du Tropique du Cancer :

  • • Le détroit d’Ormuz ? Hors zone.
  • • La guerre de Washington ? Hors cadre.
  • • Une opération offensive ? Hors traité.

Berlin le rappelle sans détour : « L’OTAN est une alliance pour la défense du territoire de ses membres. Il manque le mandat. »

Analyse : l’Article 6 n’est qu’un prétexte — le vrai fossé est politique et moral

Derrière l’argument juridique, c’est un malaise beaucoup plus profond qui traverse l’Europe.

Les Européens ne veulent pas cautionner une guerre :

déclenchée sans consultation,
contraire au droit international,
dont ils ne veulent pas assumer les conséquences,
qui pourrait embraser toute la région.

Et surtout, ils n’ont pas oublié 2003.

Le traumatisme de l’Irak

En 2003, les États‑Unis ont envahi l’Irak en affirmant que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. Ces armes n’ont jamais existé. L’Europe s’est retrouvée divisée, entraînée dans une guerre longue et déstabilisatrice.

Depuis, les Européens sont devenus allergiques aux opérations militaires américaines lancées sur des bases fragiles.

À cela s’ajoute un facteur stratégique majeur : la peur de perdre le soutien américain en Ukraine.

Les Européens doivent maintenir leur position officielle de condamnation de l’intervention russe, tout en gérant un malaise profond : ils sont sollicités pour soutenir une opération américaine hors mandat, dans un contexte où Washington reste indispensable à la défense de Kiev.

Résultat :

  • • ils disent non,
  • • mais ils le disent poliment,
  • • en s’abritant derrière le texte du Traité,
  • • pour éviter une rupture frontale.

L’article 6 devient alors un paravent diplomatique. Il permet de refuser l’escalade sans dire ouvertement : “Cette guerre n’est pas la nôtre.”

Une Europe embarrassée, mais ferme

Les capitales européennes se retrouvent dans une position délicate : maintenir leur ligne sur l’Ukraine, refuser une intervention américaine hors mandat, éviter de froisser Washington et préserver leur sécurité énergétique.

L’Allemagne refuse toute participation militaire.

L’Espagne insiste : pas d’escalade.

Les Pays‑Bas restent prudents.

Même les alliés asiatiques refusent de suivre.

L’Europe dit non, mais cherche une solution diplomatique.

Mise à jour : l’Espagne retire ses forces spéciales d’Irak

Dernier signe du malaise européen :

L’Espagne a retiré “temporairement” ses forces spéciales d’Irak.

Selon le ministère de la Défense :

• la situation sécuritaire s’est détériorée,
• les missions assignées ne peuvent plus être accomplies,
• les militaires ont été transférés “dans des lieux sûrs”.

Ce retrait intervient quelques heures après la mort d’un soldat français dans une attaque de drone, qualifiée “d’inacceptable” par Paris.

Mais le timing est révélateur :

  • Madrid avait déjà refusé que ses bases servent à des frappes contre l’Iran,
  • et se retire maintenant d’un théâtre où l’escalade est la plus probable.

L’Espagne ne se contente plus de dire non :

- Elle se retire physiquement.

- Elle refuse d’être entraînée dans une guerre qu’elle ne contrôle pas.

C’est un geste de souveraineté stratégique.

Aspides : la porte de sortie européenne

Face au blocage, une option reste sur la table : élargir la mission européenne Aspides, déjà active en mer Rouge.

Objectif :

- protéger les navires marchands,
- intercepter drones et missiles iraniens,
- éviter toute participation offensive,
- répondre symboliquement aux demandes américaines.

“On aide, mais à nos conditions.”

Qui tire les marrons du feu ?

Pendant que les Occidentaux se divisent, un acteur profite de la situation :

▶ LA RUSSIE

Plus les alliés se déchirent, plus Moscou gagne du terrain diplomatique.

Plus le pétrole flambe, plus le Kremlin engrange des revenus.

Plus l’OTAN se fragilise, plus la marge de manœuvre russe s’élargit.

Trump voulait forcer la main de l’Europe. Il risque surtout de renforcer ses adversaires.

Conclusion

Cette crise révèle une vérité brutale : L’OTAN n’est pas un outil d’intervention mondiale, mais une alliance régionale aux règles strictes.

En tentant d’imposer une opération hors mandat, Trump se heurte à plusieurs obstacles majeurs :

aux limites juridiques du Traité,
à la lassitude croissante des Européens,
à leur volonté de souveraineté stratégique,
et désormais à des actes concrets comme le retrait espagnol d’Irak.

L’Europe cherche une porte de sortie. Les États‑Unis cherchent des alliés. Et le détroit d’Ormuz reste, plus que jamais, le point de rupture potentiel entre les deux rives de l’Atlantique.


 

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Christophe Adam

Analyste Géopolitique Indépendant

"Décrypter l'invisible derrière le fracas du monde."

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